
Citoyen de la mer
Voici un extrait de Citoyen de la mer de Pierre Osenat publié dans "Il n'y a que la mer", paru aux éditions Carnac en 2000.
Je parle de la mer qui rêve dans ma tête
Sans jamais dépasser l'embouchure des mots,
Quand les drisses du coeur et le vent sont en fête,
Immergés dans la voix rauque des matelots.
Je parle de la mer, ces jours où l'on s'ennuie
Sur les trois-mâts gréés de regrets ou d'alcool,
La mer aux longues nuits que traverse la pluie,
Promise des gabiers inscrits sur aucun rôle.
Je parle de la mer et j'aurai pris ma part
Des bouches de corail où déposer mes lèvres,
De la brume amoureuse où rafraîchir mes fièvres,
Des demains poursuivis par l'adieu des départs.
Se dressent vers l'oubli les houles violettes
A grand coup d'abandon creusés dans les remous,
Un illusoire port, drapé dans un ciel fou,
Propose un beau mensonge aux cris des goélettes.
Mais je dis que la mer est une chambre close
Où tout se recompose et se métamorphose,
Qu'en son éternité le grand Pilote sait
Si le monde qui meurt s'offre à celui qui naît.