QUINQUABELLE ou les imperfections parfaites!

QUINQUABELLE ou les parfaites imperfections: "Ce qui a vraiment un sens dans l'art, c'est la joie. Vous n'avez pas besoin de comprendre. Ce que vous voyez vous rend heureux ? Tout est là . " Constantin Brancusi

mercredi 2 novembre 2016

Textes personnels

J'ai déjà expliqué que j'effectuais des surveillances d'examens, surveillances souvent longues et génératrices d'ennui. Pour éviter la somnolence et la honte d'être surprise en train de ronfler, je note tout ce qui se passe pendant ces heures.
Pendant ces jours de surveillances, le silence est imposé aux élèves comme aux surveillants. Mon regard se pose au hasard et grapille des images que je tente de vous faire partager ici!


Le voyage matinal m'a paru très court, sans doute à cause du jour déjà levé. Dans le métro, ma jeune voisine - coiffée de ses écouteurs - m'a imposé ce rap martelé que je hais tant. J'ai - un instant - eu la tentation de lui faire signe de baisser le son mais elle était si touchante, les yeux dans le vague, que je me suis détournée sagement:-))
Vous avez remarqué que je m'améliore en prenant de l'âge? !:-)
A la cafétéria de l' université, j'ai retrouvé ma belle collègue des cafés du matin: une parenthèse souriante, calme et intelligente.
Le secrétariat était déjà pris d'assaut par la horde frétillante des surveillants.
J'ai " hérité" d'un petit nouveau ... de 58 balais quand même, le nouveau:-)
C'était sa première surveillance dans l'école mais il n'était nullement novice en la matière. Je lui ai donc expliqué les us et coutumes de l'école.
Extinction des feux à midi et nous redescendons au rez-de-chaussée grouillant de monde. Nous y trouvons 2 places disponibles et nous nous écroulons sur nos chaises respectives: l'exiguïté de notre salle et la chaleur qui y régnait ont eu raison de nous.
Repas frugal pris en faisant connaissance et au milieu d'un brouhaha indescriptible. Les pelouses synthétiques le long de la cafétéria sont noires de monde. Ca mange, ça piapiatte, ça rit, ça téléphone..
Je tends l'oreille en entendant mon jeune voisin évoquer la prochaine sortie de ski du week-end et expliquer que 42 élèves se sont inscrits. Ils se sont déjà engagés à apporter 53 bouteilles d'alcool! J'hallucine!
Ce qui m'a toujours choquée dans cette école de commerce puis dans cette université, c'est la folle quantité d'invitations à venir déguster gratuitement de l'alcool dans tel ou tel club lyonnais.
Ce matin, des cartons d'invitation pour une soirée alcoolisée étaient même distribués à l'entrée de l'école!
On nage en plein délire. Médecins et pouvoir public publient des stats alarmantes sur la consommation d'alcool chez les jeunes. Pourquoi un tel laxisme des écoles et des universités?

13h30 :
Second passage au secrétariat où on m'informe que je serai seule dans la classe. Cela ne me déplaît pas! Surveiller à 2 oblige à être au top en permanence, à faire des risettes même si l'on n'en a pas envie, à composer avec les habitudes de l'autre ..
La porte s'ouvre brusquement sur Marie, qu'on m'affecte jusqu'à 16h!! zut!
Epreuve de Langue: espagnol ou allemand..
Les 3 heures passent lentement et chaudement! Vers 17h, il ne reste plus que 2 candidats. Je remets le mobilier en place discrètement, j'efface le tableau et ramasse les papiers. Et là, au fond de la classe, entre les bureaux de 2 filles, je découvre...un PRESERVATIF usagé! C'est ma première!! Jamais vu ça en 8 ans de surveillance!
L'estomac remonté derrière les amygdales, je ramasse la " chose" avec un kleenex! J'aurais tout vu!:-))


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6 h 30: Terminus des bus quasi désert. Entre nuit et jour, avec la seule tache de lumière vive du minuscule café à l'entrée du métro. Partout ailleurs, c'est la pénombre piquetée par la lumière jaunâtre de quelques lampadaires. Sur le quai, les voyageurs sont silencieux. A des heures plus tardives, c'est un bruissement perpétuel entrecoupé de cris.

Dans le métro, un SDF épuisé se laisse lourdement tomber sur le siège en face du mien. Il dépose ses sacs près de lui et se met à tousser sans interruption: une quinte après l'autre!

Aussitôt surgissent les images de ces feuilletons médicaux américains, ceux où les plus horribles maladies tombent sur de pauvres voyageurs qui n'ont rien demandé:-))

L'expression " cracher ses poumons" prend tout son sens! J'essaie de penser à autre chose.

A mon arrivée, le portier de l'école m'accueille comme une reine. Il ouvre la porte devant moi, arbore un large sourire et me salue d'un vigoureux " Bonjour Madame!"

Je fais le plein de journaux gratuits déposés chaque matin dans le hall de l'université puis je descends à la cafétéria. J'ai la bonne surprise d'y trouver une surveillante que j'aime beaucoup.

Elle m'offre un café et nous parlons de nos vies, de nos soucis et de nos joies.

Un quart d'heure plus tard, direction le secrétariat. Il est encore fermé et une demi-douzaine de surveillants fait les 100 pas sur la coursive. L'horreur totale: que des vieux! On dirait un congrès gériatrique!:-))

Je retrouve quand même le joli minois souriant de F, une longue sylphide quadragénaire.

Les secrétaires arrivent enfin par grappes et le peloton de retraités se met en file indienne pour recevoir les affectations. Chacun repart avec son paquet de copies.

J'échoue dans une grande salle avec S. , une inconnue. Parachutée d'une autre école de commerce, elle pose une foule de questions sur les us et coutumes de l'école.

Nos 43 candidats entrent, bientôt rejoints par le directeur des études. Beau comme un soleil mais hautain et méprisant envers la valetaille des surveillants. Ce type me donne des boutons dès que je le croise.

Nos 43 MME et MGE de quatrième année sont tout mignons et " propres sur eux ". Ce sont des calmes, des gentils: pas de lolitas, pas de punks, pas de caricatures de mode! Ils sont là pour travailler!

C'est ce qu'ils feront pendant 5h d'affilée, sans lever les yeux des 23 pages de leur sujet.

A 13 h, tout est terminé. Ils défilent devant mon bureau pour signer la feuille de présence pendant que je vérifie la pagination et les numéros d'anonymat. Ma collègue joue la voiture balai et tente de rabattre les retardataires vers moi:-)

Le tableau effacé, nous claquons la porte derrière nous.

Jeudi?

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Surveillance de l'Agrégation d'Ars Plastiques:
 Voilà le texte que j'avais écrit pendant la semaine de surveillance de l'Agrégation d' Arts Plastiques: un grand moment! :-)

10h du matin: silence total dans les deux salles d’examen. Mes idées affluent, se bousculent: il faut que j’écrive!

Retour en arrière..
5h
 : réveil assez facile malgré une nuit morcelée. Mon anxiété naturelle m’impose des nuits à épisodes, les veilles d’évènements sortant de mon quotidien. De 5 à 7, mille allées et venues qui ne semblent déranger personne si j’en crois les ronflements profonds et réguliers de mes enfants..J’aime ces moments de calme et de solitude – tôt le matin – quand tout le monde dort encore ..Dans ces commencements de journée, j’ai la sensation que tout est possible, que tout peut arriver ..ma journée est encore une page blanche, et c’est exaltant!
Je sors les voitures du garage sous une bruine fine .. Et moi qui m’étais laquée les cheveux! ils vont former un casque dur ... Un court instant se superpose l’image de la coquille d’œuf jaune vif sur la tête de Caliméro.. Je souris intérieurement.. Pourquoi ai-je toujours des images aussi farfelues qui me traversent l’esprit? Mon imaginaire est si foisonnant qu'il me dépasse parfois.


Départ vers 7h15
Peu de voitures dans les rues. Je suis obligée de mettre en route mes essuie-glaces et d’allumer mes feux de croisement. Une brume monte du sol tiède. On se croirait au cœur d’un de ces vieux films d’épouvante en noir et blanc: la nuit noire, le brouillard, la bruine, les phares trouant l’obscurité. Ne manquent à ma scène que quelques zombies sanguinolents accompagnant Bela Lugosi sur les passages cloutés ..
« Arrête de rire, Martine, et surveille la route! »
La circulation s’intensifie à mesure qu’on approche de Lyon. Il pleut de plus en plus fort et je frissonne dans ma petite voiture.
Je trouve aisément le Lycée et une place de stationnement à proximité des bâtiments.. Curieux: tous les stores sont baissés!
Une boule d’anxiété dans l’estomac, je sors fébrilement ma feuille de convocation.. Pfffoooouuuu! pas d’erreur! Je vais donc marcher un peu en attendant l'ouverture des portes. Les trottoirs sont presque déserts. Quelques vieux en survêtement informe traînent au bout d’une laisse un chien languissant. Tout le monde a les yeux encore gonflés de sommeil et le teint blafard.
Ai-je aussi cette tête – là? Impossible! Pas moi!
Je rajuste mon sac à dos, redresse les épaules et passe lentement devant les vitrines des rares magasins ouverts. La boulangerie – lumineuse et chaude – dont la porte s’ouvre régulièrement, laisse échapper des odeurs irrésistibles de croissants frais!
« Oui, oui, du calme! je résiste! ».. je passe mon chemin.. 
Une épicerie arabe encombrée ouvre juste à côté.. Sa vitrine est garnie de haut en bas de bocaux de bonbons multicolores. L’image de Mémé Roux me traverse l’esprit. Mémé Roux, c’était ma grand-mère paternelle. Elle avait un métier de rêve pour nous, ses petites filles: elle vendait des bonbons sur les marchés. Imaginez un peu: une grand-mère bonbons! Lorsqu’elle prit sa retraite dans les années 60, il restait encore chez elle une pièce entière de bocaux pleins à ras bord de friandises de toutes sortes: une caverne d’ Ali Baba vue du haut de nos 10 ans!
Elle avait pris l’habitude de venir souper à la maison. Ma sœur et moi devions la raccompagner chez elle ensuite mais ce ne fut jamais une corvée! Je nous revois – Nicole et moi – hésitant longuement devant ces rangées de bocaux, un petit frisson de contentement dans le dos. Nous anticipions le plaisir de manger en parcourant des yeux les lourdes étagères.. Je me souviens encore du dernier pot de violettes en sucre. J’ignore pourquoi ne restaient que ces bonbons mais j’en retrouve le goût sur ma langue en les évoquant! 40 ans plus tard, je reste étonnée de l’excellent état de notre dentition!
La dernière boutique est une Maison de la Presse. J’y achète quelques revues car la journée sera longue. Retour vers le lycée. Une petite femme rondouillarde attend sur le trottoir. Nous nous saluons timidement. Elle vient tout juste de sonner au portail. A travers la porte vitrée, nous voyons un grand type dévaler les escaliers. Il nous ouvre et se présente. Grand et mince, une courte barbe brune et des cheveux très épais bizarrement coiffés, le Proviseur semble avoir une jolie cinquantaine. Il fume la pipe et son tabac sent divinement bon. Il nous précède jusqu’à son bureau à l’étage.
Je repère les toilettes dans le couloir et j’esquisse un geste gêné en montrant la porte. Il comprend, m’adresse un sourire éclatant et acquiesce d’un signe de tête.Tout est déjà prêt et il nous escorte jusqu’à nos salles. D’immenses cartons nous y attendent. Les sols sont recouverts d’un film de plastique transparent et nous en ignorons la raison. Il nous faut vingt bonnes minutes pour lire la paperasserie. Le directeur revient à cet instant, accompagné d’un grand jeune homme blond au regard clair. C’est un étudiant qui sera chargé du 
» couloir «, charmante expression pour désigner la personne qui escortera les candidats aux toilettes.
Pendant deux jours, les candidats plancheront sur la théorie puis subiront les épreuves pratiques les deux jours suivants. Nous rions en découvrant les instructions officielles: « L’utilisation des produits et matériaux suivants est interdite:
- bombes aérosols et appareils fonctionnant sur réserve de gaz, appareils à production de flammes vives, acides, produits chimiques volatils, inflammables ou toxiques .- - sont également interdits les scies sauteuses et perceuses. Les sèche – cheveux sont tolérés. L’usage des baladeurs pendant les épreuves est interdit.
Pffffiouuuu, nous l’avons échappé belle! le travail de surveillant serait-il dangereux?


11h20: premier grain de sable dans la machinerie silencieuse, premier fou – rire! Un candidat de l’autre salle est allé aux toilettes et nous avons découvert à cet instant que le mur mitoyen n’était pas insonorisé. Nous avons suivi en direct un pipi bruyant suivi d’un long pet sonore. Toutes les têtes se sont levées au bruit du pipi. Les regards incrédules se sont croisés et un fou-rire spontané a gagné la salle en entendant la suite.. ça ne s’invente pas!


11h45: L’attention se relâche. Les candidats s’agitent, mangent, vont aux toilettes. J’essaie de deviner comment ils font pour écrire six heures d’affilée sur le sujet qui leur a été donné: «Qu’est-ce qu’un nu érotique ? «. J’ai beau réfléchir, je ne trouve pas de quoi meubler ces six heures. Pour moi, un nu est érotique dans et par le regard de celui qui observe. Chacun a sa propre conception de l’érotisme liée à son éducation, à sa propre histoire amoureuse et sexuelle, à ses fantasmes. Ce que je trouverai érotique peut ne pas l’être pour mon voisin et ce qui me paraitra érotique à un moment de ma vie ne le sera plus dix ans plus tard. Bon sang, que peuvent-ils bien écrire ?


Midi dix: une candidate sort un paquet de biscuits de son sac et se met à manger. Dans le silence absolu, le bruit est amplifié. On dirait un lapin grignotant une carotte dure mais elle n’en a cure. Elle s’est isolée dans ses réflexions. Par la fenêtre, j’admire sans m'en lasser la grande et belle bâtisse voisine du lycée. C’est une maison bourgeoise du XIXème, ornée d’une anachronique tour à mâchicoulis. Le toit d’ardoise est luisant de pluie. Des restes de vitraux et des croix percées dans les murs indiquent que la tour devait autrefois abriter une chapelle. A l’arrière-plan, des immeubles récents aux teintes ocres et beiges font ressortir l’élégance des formes de la maison.
J’en parle au proviseur lors d’une de ses nombreuses visites. Il me chuchote que cette maison était jadis entourée des bâtiments d’une usine. Ces bâtiments furent détruits et ne subsiste que cette maison de maîtres rachetée par la Municipalité. Ma fichue imagination s’emballe. Je me verrais bien entrer par effraction pour découvrir les pièces vides, sombres et poussiéreuses.
Je souris encore: une candidate vient de sortir une énorme boite de plastique et une cuiller à soupe. Elle a apporté une salade de pommes de terre qu’elle déguste allègrement et sans discrétion. Elle est drôle, pas très grande, ronde et serrée dans un ensemble de laine grise. Son petit bedon est à l’air lorsqu’elle lève les bras pour manger. Mon jeune collègue s’est tassé sur sa chaise, victime d’un brutal coup de pompe qui lui fait oublier le livre d’aéronautique qu’il était en train de lire. Il a les yeux dans le vague et il somnole en silence. Ces longues heures en huis clos autorisent la contemplation. Je prends mon temps, j’observe, je remarque les moindres détails.
Il me semble que ma capacité d’attention est démultipliée.


Mercredi, 8h45..
Petits problèmes domestiques. Aucun surveillant ne comprend les instructions officielles. Je vais demander des explications aux candidats. Je me suis aperçue avec le temps qu’il était préférable d’avouer son ignorance plutôt que de faire semblant de savoir: plantage assuré dans la plupart des cas!
J’ai bien fait de poser des questions car les travaux pratiques de la journée nécessitent un matériel que le Rectorat a oublié de fournir. Le Proviseur téléphone et miracle, il y a quelqu’un! Leur seule réponse est de faire fonctionner le Système Débrouille: aucun matériel ne nous sera fourni! Les candidats utiliseront les cutters et autres outils tranchants directement sur les bureaux tout neufs. Nous devrons aussi nous débrouiller pour trouver des rouleaux de plastique, des rallonges électriques, des prises multiples etc... Lorsque le proviseur – outré – demandera qui remplacera les tables abîmées, la seule réponse sera un long silence!
Le sujet d’aujourd’hui? on s’accroche! Composition d’Histoire de l’Art: « En quoi l’art éphèmère peut-il définir cette phrase de Lucy Lippard: Ce qui nous intéresse, c’est de considérer l’usage du temps, c’est-à-dire en fait, sa manipulation comme matériau dans les oeuvres d’art? «
Ben ça alors! j’en reste coite et muette et c’est rare. Je remarque les regards effarés et j’entends les soupirs de détresse lorsque les candidats découvrent le sujet. Le Proviseur vient d’entrer et me fait signe de le suivre. Il explique qu’à la demande du Recteur, l’épreuve du lendemain débutera une demi-heure plus tard. Une grève des transports est annoncée et il donne une chance aux candidats qui viennent de loin .


14h15: Je viens de revenir dans ma classe. J’étais allée manger dans une salle voisine - dix minutes de tranquillité, mon sandwich dans une main et une revue dans l’autre. La petite candidate en gris ressort son énorme boite Tupperware. Mon jeune collègue et moi la regardons fascinés. Elle avale à toute vitesse le restant de sa salade de pommes de terre. Les cuillérées se succèdent. Elle râcle consciencieusement les parois de sa boite de plastique, sans se soucier le moins du monde du bruit qu’elle fait. Après tout, pourquoi pas? Dans ce silence total, un pet de mouche ressemblerait au franchissement du mur du son par un avion à réaction. Mon collègue est hilare. Nos regards se croisent, complices. J’ai mal au dos à force de rester assise. J’aimerais déambuler à travers la classe mais mes chaussures grincent sur le plastique au sol. Je passe d’une fesse sur l’autre. Je partage le reste de café tiède du thermos avec mon voisin.


15h20: la fatigue se fait sentir. Les candidats s’étirent, bras levés.
Je suis lasse!


Jeudi 12, 9h20. Aujourd’hui, nouvelle expérience pour moi! Ce matin, départ à 7h30.. Un peu tôt mais je crains les embouteillages consécutifs à la grève des transports en commun. Je me suis trompée: les rues sont presque désertes. J’arrive au lycée avant 8h. Des candidats sont déjà sur place et déchargent leur matériel dans la cour. Il souffle une bise glaciale et je n’ai pas envie de m’attarder dehors. Le proviseur vient m’accueillir, toujours aussi souriant. Je grimpe les escaliers 4 à 4 ..enfin 4 cm par 4 cm à cause de mes genoux douloureux. Les candidats arrivent dans les salles les uns après les autres, traînant des valises, des sacs, des caddies. Au total, il doit y avoir l’équivalent de 3 camions.. Bon ,j’exagère peut-être un peu mais à peine.
J’ai bien fait d’arriver de bonne heure car les candidats un peu stressés, ont des dizaines de questions à poser. Je ne peux – hélas – répondre à toutes. Mon jeune collègue me rejoint et nous partons à la recherche de sacs poubelles pour protéger les tables. Nous fouillons, ouvrons les placards de la classe voisine, une immense salle destinée à l’enseignement sanitaire et social. Nous la visitons, étonnés et ravis de ce que nous y découvrons. La première partie – la plus vaste – est séparée en deux zones: à droite, une partie puériculture avec un coin cuisine ( plaque chauffante, micro-ondes, évier sur lequel sèchent des biberons ) et une partie nursery avec des tables à langer et des berceaux où dorment de superbes bébés en plastique. Le bébé noir est particulièrement beau et réussi. Dans la partie centrale, des tables et des chaises, des étagères couvertes de boites de jeux pour tous les âges.. Je m’aventure dans la partie gauche de la salle – restée dans l’obscurité. Des armoires cloisonnent la pièce et isolent des lits d’hôpital que j’aperçois de loin. Je m’avance, compte les lits et tente d’ouvrir une des armoires.. Oui , je sais que cela ne se fait pas mais « nécessité fait loi «.. Nous sommes pressés par le temps. L’armoire est fermée à clé. Tant pis! Je me retourne pour chercher du regard un placard pouvant contenir du matériel.. et là, mon coeur remonte sous mes amygdales, mes cheveux se dressent sur ma tête! Il y a un homme couché dans un des lits! Bon sang! Je suis paniquée et fais demi-tour à la vitesse d’un TGV. J’appelle mon jeune collègue et lui explique en quelques mots. Nous avançons précautionneusement dans la pièce obscure. J’éclaire la salle et nous découvrons alors un mannequin grandeur nature, couché sous les couvertures! Pffff! quelle peur! Je trouve enfin un rouleau de sacs de plastique et nous repartons aider les candidats.
9h: le proviseur apporte les enveloppes scellées contenant les sujets. Nous les décachetons et distribuons les feuilles dans un silence pesant. Il s’agit d’une illustration en noir et blanc d’une phrase tirée du livre de Jules Verne : 20.000 lieues sous les mers . : « Le poulpe brandissait la victime comme une plume «.
Chaque candidat doit produire une oeuvre à partir de ce document. La première partie est silencieuse. Tous prennent des notes, observent. Leurs tenues de travail sont variées et drôles: tabliers de boucher, vieilles blouses tachées, foulards multicolores, chaussettes trouées fétiches.. Une des candidates retient notre attention tant par l’invraisemblable bric-à-brac qu’elle déballe que par sa tenue. Elle se déshabille, ne gardant qu’un léger pantalon et un haut à fines bretelles. Elle ôte ses chaussures et travaille pieds nus. Cette candidate quitte la salle un peu plus tard, passant devant le groupe de surveillants en se plaignant de la chaleur. Elle ressort deux minutes plus tard, sourire aux lèvres en agitant quelques grammes de dentelle noire « ouf, ça va mieux! ».. Elle rentre dans sa classe pendant que nous nous regardons, interloqués..mais qu’a t’elle pu enlever comme vêtement? slip ou soutien - gorge? les paris sont faits dans un fou-rire général mais silencieux: -))
La fébrilité gagne les groupes. Ils s’agitent, installent les feuilles, les pots de peinture et outils divers. C’est un joyeux désordre. Une de mes candidates utilise un énorme fusain noir dont j’ignore le nom. Il produit une poudre fine et grasse qui tache tout. La jeune femme ressemble rapidement à un ramoneur du début du siècle . Elle termine son travail vers midi et demande la permission d’aller à l’extérieur vaporiser un produit fixant à l’odeur tenace. 
Je l’accompagne et m’aperçois avec horreur qu’elle salit le couloir et les escaliers. On la suit à la trace. Je remonte une fois de plus le dédale qui mène au bureau du proviseur. Nous descendons ensemble fouiller le local du personnel. Il en sort – ravi – un énorme seau espagnol et me voilà armée de mon balai en train de laver le hall d’entrée, le monumental escalier, le palier et le couloir. Le travail est rapide avec ce matériel. Je regarde autour de moi: personne! je suis seule! J’esquisse 2 ou 3 pas de danse autour de mon balai. 
Je repense au film « Fantasia » dans lequel Mickey était submergé par les balais et les seaux d’eau. La comparaison m’amuse et je termine avec le sourire.


14h: Plusieurs candidats ont fini leur oeuvre mais – curieusement – ils refusent de partir. Ils traînent en silence dans les deux salles, observent, échangeant parfois quelques chuchotements avec les autres. On ne sent aucune rivalité, aucune jalousie, juste de l’intérêt!


15h: Tous ont terminé et s’attardent. Certains se sont assis, vidés, les yeux perdus, tels des boxeurs après un combat. Ils ont dépensé beaucoup d’énergie durant ces trois jours. Je les trouve admirables.. Ils ont du courage, des idées, des envies, des projets. Il faut presque les pousser dehors.. Nous refermons les salles à clé.
Au revoir !

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