dimanche 10 mai 2009

Cadeau

Découvert avec émerveillement ces textes d' Edmond de Goncourt et découvert par la même occasion, un mot dont j'ignorais jusqu'alors qu'il existât! :-)
Le mot " apoponax " ou " apopanax ". Joli, non?
...
Et copiant ce papyrus, j'avais comme le sentiment de m'être endormi dans l'escalier, de m'être assoupi dans un endroit public, et de faire un rêve, où la galopade de deux gamins en gros souliers, descendant les marches à cloche-pied, ou la bruyance simiesque d'une jeune négresse en joie, ou la dissertation, pleine de consonnes, d'archéologues tudesques, ou le regard par-dessus mon épaule d'un Égyptien d'aujourd'hui, coiffé du fez classique, ou l'opoponax odorant d'une cocotte, me frôlant de l'envolée du voile de son chapeau, ou enfin les bruits, les parfums, le contact des gens: toutes les émanations modernes de la vie vivante traversaient légèrement mon rêv dans le vieux passé, sans interrompre mon ensommeillement.
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Samedi 15 août.--
Aujourd'hui, chez les Zeller, le vieux docteur Blanche parlait curieusement du culte de la Vierge, chez l'ouvrière. Il disait être monté, rue du Bac, chez une ouvrière contrefaite, ayant une maladie du coeur, très avancée, et autour du lit, où elle était couchée, une vieille folle, qui était sa mère, dansait. La misérable créature avait sur sa commode, une vierge, près de laquelle une veilleuse brûlait. Voyant un moment les yeux du docteur se tourner vers le petit plâtre, d'un geste allant de sa mère à sa triste personne, elle disait: «C'est cela seul qui peut me faire supporter la vie, la vie telle que je l'ai!»
Il trouva une autre fois, une ouvrière, également contrefaite, également malade du coeur, dont la petite vierge était tout entourée de fleurs, et qui lui disait avec passion: «Oui, c'est mon aide, mon secours en ce bas monde!»
Oh! les cochons, que ces gouvernants qui travaillent à tuer la foi chez ces pauvres diablesses, auxquelles ils n'assurent pas le paradis sur la terre, et dont ils se fichent pas mal avec leur fraternité, écrite en grosses lettres, sur la pierre de leurs ministères.
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Dimanche 16 août.--
Départ pour Jean d'Heurs. A Saint-Dizier. Un chauffeur d'un train qui passe à un chauffeur d'un train arrêté: «Pas le temps d'arroser seulement sa casquette!»
Causant avec Marin, des canailleries financières de l'heure présente, il me dit: «Je rencontre, un jour de ces dernières années, quelqu'un que je ne te nommerai pas. Lui, l'homme calme je le trouve tout à fait en colère. Je lui demande ce qu'il a. Et voici ses paroles textuelles: «Je sors, avec deux collègues, d'examiner les comptes de l'isthme de Panama... écoutez...quatorze cents millions ont été dépensés... eh bien, quatre cents millions ont été dépensés dans l'isthme... il y a un milliard qu'on ne retrouve pas... il est impossible qu'on ne poursuive pas Lesseps.»
Puis causant des clubs d'une manière générale, Marin me disait, que pour y entrer tout de go, il fallait s'y présenter très jeune, parce qu'un homme, qui jouit à Paris d'une certaine notoriété, s'est fait nombre d'ennemis à quarante ans, et est presque assuré de plus de boules noires qu'il n'en faut pour être refusé.
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Jeudi 27 août.--
Les arbres, tels que je les vois avec mon oeil de myope, à travers mon lorgnon n° 12, ne ressemblent en rien aux arbres peints, dans les tableaux anciens et modernes. Car, les arbres que je vois, sont plutôt avec le fourmillement de la feuillée, les arbres de la photographie, ou encore les arbres des petites eaux-fortes de Fragonard, où ce fourmillement de la feuillée est rendu par le grignotis du travail.

Mercredi 2 septembre.--
Le banquier M***, auquel on demandait pourquoi les banquiers ne faisaient plus d'emprunts, répondait, «parce que les bénéfices que les banquiers pouvaient faire dans un emprunt, étaient maintenant mangés par l'arrosage de la presse.»
L'intérêt de l'argent prêté par un banquier avec l'agio, la commission, revient à 12 p. 100. Voici une de ces choses qu'il serait pour tout le monde de la plus grande utilité de savoir, et que personne ne dit ou n'imprime, et que très peu de personnes savent.
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Lundi 7 septembre.--
Sait-on que dans les couvents, il est permis aux religieuses d'avoir des chats, mais qu'il leur est défendu d'avoir des chattes. Les amours des chats étant extérieurs ne leur tombent pas sous la vue, tandis qu'on craint que la grossesse, la mise bas, la maternité des chattes, puissent éveiller la curiosité de l'amour chez ces femmes. C'est ce que m'affirme une jeune fille, qui a passé deux ans, dans un couvent deRouen.
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Goncourt, Edmond de, 1822-1896 - Journal des Goncourt (Troisième série, deuxième volume)
A lire sur http://books.reseau.org/en/page17947-91.htm

1 commentaire:

  1. Peut on botter un apoponax? C'est pour faire faire avancer le schmilimiliblick ma bonne dame!!

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Humeur du jour

 Un si long silence! Au début, j'étais préoccupée par de nombreux rendez-vous médicaux puis le non désir pointa son nez et je m'éloi...