dimanche 5 juillet 2009

Jim Morrison

Un grand merci à http://www.paperblog.fr/1039756/jim-morrison-le-pieton-de-paris/

Je viens de lire quelques lettres d'un Jim Morrison que je découvre aimant correspondre avec ses amis. Bizarre comme les idées préconçues peuvent être tenaces! Je suis comme tout le monde: j'aime bien cataloguer les gens. Je sais, je suis une vieille bique mais je fais des efforts, je progresse:-)
Voyons! Mettons sur la table, mes idées toutes faites sur Morrison:
Beauté, insolence, talent, hors-normes, hors-codes, drogues...Dans ses lettres, je découvre pourtant un jeune homme normal, avec une imagination en mouvement et certainement accélérée par les acides, mais un jeune homme attentif à ses amis et avide de leur faire partager ce qu'il vit.

Michael,
Dans ta lettre reçue ce matin, tu me parles de The New Creatures et de la parenté de mes poèmes avec les tableaux de Jérôme Bosch. Cette comparaison me flatte même si je suis conscient des imperfections de ces textes écrits dans l’urgence et jamais revisités. Je suis profondément reconnaissant à Pam d’être à l’origine de notre rencontre. Je me souviens qu’au Lycée je lisais en cachette les recueils de Michael McClure, le poète beat ami de Kerouac. J’ai des frissons en songeant qu’aujourd’hui tu es devenu ma boussole pour tenir le cap dans la tempête. Je te joins une prose poétique écrite ces jours-ci et que Pam m’avait chipée pour la mettre en sûreté au « coffre » [une boîte métallique étiquetée « 127 Fascination »].

[auto-fiction]:
Cinq heures peut-être. Dans le ciel passent des ballons. L’air tiède, la tête lourde. Elle a du dormir une jambe repliée sous elle. Feu rouge. Quelques voitures bronzées luisantes de sueur. Elle allait appeler, partir. Elle ne le peut pas. Elle invente la rue étroite. Elle ne reconnaît rien. Elle regarde droit devant. Lui se reverse une tasse de café, à contre-jour. Il se laisse aller, se déroule. Il fait frais, il fait chaud. Reprendre conscience, la salle de bains. Pam défait sa coiffure, robinet chromé, fesses nocturnes arrondies autour de la faïence, mousse de savon le long de la jambe. L’eau coule dans un verre, elle boit, goût âcre, une longue absence. La lumière du néon inonde son visage, fausse nuit et faux soleil, le monde du dehors est page blanche. Toute mouillée Pamela-Susan attend l’arrivée de la lune, gorge tendue, cheveux collés au visage, à bout de souffle d’un désir fou, repliée en elle-même derrière l’écorce du marronnier. Si aérienne, si volatile.
Guitares électriques, Jimmy Hendrix n’est pas mort. A rebrousse-poil, cheveux, seins, ventre, parfum d’herbe, vieilles bouteilles, bras, jambes, non n’ouvre pas les yeux, laisse-toi guider ! Vingt doigts arrachent les collants. Elle halète, retombe, brusquement écarter les lèvres de son sexe. «Respire l’air de cette nuit et ne me quitte pas !»
Graffitis gribouillés sur un murmure. Photos et caisses de bière vides. Un jour comme un autre. Jazz blues, sa respiration bat au rythme de la forêt primitive.Tam-tam sauvage place Saint-Michel. Enveloppé de cellophane, il traverse en courant, la gorge serrée. Il entend le bruit sourd des trottoirs, ces plateaux de cinéma tout éclairés mais inhabités, défilés de mains aux ongles coupés ras qui ne tâtonnent pas. Arrêté au bord du monde, confondu, il invente des prétextes. Pam hume – tartines beurrées – l’odeur du sexe. Corps rompus, corps ouverts, morsure. «Derrière les glaces, si tu savais…» Mais d’où vient le bouillonnement des phrases nées sous la pluie. Paris solaire, masque noir et blanc.Il verse l’eau dans la théière. Film muet, galop dans la chambre, mouillée de sa sueur, caresse tiède. A la fenêtre, apparition du soleil. La ville est belle sans maquillage. Minuscules rides autour de son regard. Un jour comme un autre pour lui, “I’m like a dog alone in the apartment”. Rien n’a bougé, elle est là, allongée près de lui, son ventre, sa poitrine, son visage tout près, « she’ll take me with her for the big sleep ». La chambre devenue immense avec le jour levé. Ils avancent encore, acharnement des lèvres à déchiffrer les messages codes des corps. « Combien de temps resterai-je à genoux ? Combien d’années de ma mort ai-je déjà perdues ?»
Grasse matinée, un paquet de gitanes sur l’oreiller. Les pieds nus, accroupie, la robe remontée jusqu’aux cuisses, odeurs de chats, odeurs de feuilles mortes, fourrure noire, neige noire, arrière-pensées. L’objet s’est dressé entre eux, une envie folle d’aller plus loin, transpercer l’opacité, une végétation d’algues et de goémons. Goûter le sel de la pointe de la langue. De l’autre côté, l’objet se reforme, gonfle, pénètre, déborde. Buée dans les profondeurs du miroir.[Fin]
Dans ta lettre, tu évoques le mythe d’Orphée et la réincarnation. Pythagore considérait que le corps [sôma] était le tombeau de l’âme [sêma]. En grec ces deux mots si proches s’opposent par les concepts qu’ils véhiculent. Zeus a créé les premiers hommes avec les cendres des titans foudroyés pour avoir tué et mangé le fils préféré du roi des dieux, Dionysos. Pour payer ce crime, tout humain lorsqu’il meurt est entraîné vers un nouveau corps dans un cycle sans fin. Les âmes ordinaires resteront prisonnières à jamais de corps sans grâce. Seules les âmes des initiés échapperont à ce purgatoire qu’est la transmigration. Ma fraternité pour Dionysos ne m’empêche pas d’avoir une vision plus positive de la réincarnation que je te livre dans un poème encore chaud écrit cette nuit :
[texte original]:
Never will be.« Why should I war without the walls of Troy. That find such cruel battle here within ? »Shakespeare. I took this new life into my hands. I drunk the alchemist’s acid which dissolved everything and I’m alive. I don’t believe in Eternity. Instead I’m convinced that there’re moments of revelation. Patricia has said that when she sleeps on the brink of a precipice she dreams of God. The voice comes before the sign but the young man ignored the priest.
[traduction]:
A jamais pour toujours. Avec mille précautions, j’ai pris cette nouvelle vie dans mes mains. Un alchimiste m’a fait boire de l’acide, de celui qui dissout même le métal, et ce philtre m’a rendu plus fort encore. Je n’ai jamais cru en la vie éternelle. Au lieu de cela, j’ai la certitude qu’il existe des instants magiques où même la nuit s’éclaire. Patricia nous racontait que pendant son sommeil, debout sur une corde tendue au-dessus d’un précipice, elle rêvait de Dieu. Le verbe vient avant l’écriture mais le jeune homme ne savait pas prier. Au fait, ne nous écrit plus au Georges V (même si le courrier suit) car nous nous installons dans un appartement rue Beautreillis, à deux pas d’un immeuble où Baudelaire en a bavé. Depuis mon arrivée à Paris, je ne pense qu’à l’écriture. J’ai l’intuition que je dois laisser ma vieille peau aux states pour ne pas céder à mes démons. Nous allons louer une bagnole et partir une semaine ou deux en Espagne et au Maroc. Sol y sombra, une renaissance ! J’attends de tes nouvelles avec impatience. Viens nous rejoindre si tu n’as pas mieux à faire…Jim.

1 commentaire:

  1. C'est tendre, intelligent, sensible aussi... J'aime beaucoup l'intelligence du propos et la fragilité de l'être...
    Bisous +
    Nicole

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