PROSE DU " TIENS, TIENS "
"Les enfants qui ne voient pas du tout, mais pas du tout de barbe à leur papa ni à leur maman, lèvent toujours le doigt vers la barbe du monsieur à barbe, en disant : " Tiens, tiens. "
De même les enfants qui ne voient pas du tout mais pas du tout de fin à la robe de la mariée - lorsque le suisse et le garçon d'honneur s'emberlificotent dedans - baissent toujours un doigt, au seuil de l'église, vers cette queue interminable en disant : " tiens, tiens. "
De même les enfants qui ne voient pas du tout mais pas du tout de franges ni de queue aux étoiles, ni au soleil ni à la lune, dressent toujours un doigt vers les étoiles filantes qui filent dans le ciel - alors ils disent : " Tiens, tiens. "
De même les enfants studieux - le nez sur leur carte de géographie - qui ne voient pas du tout, mais pas du tout, ni de franges, ni de barbes, ni de queue à l' Afrique, imaginent très bien ce gigantesque cerf-volant s'envolant tout à coup avec pour franges les vagues écumeuses du Cap des tempêtes, avec pour barbe la barbe bleue de l'océan Pacifique, avec pour queue enfin toutes les îles de l'Océanie et tous les enfants du Monde, la main dans la main, à l'extrême bout... et c'est alors le prof' de géo qui dirait : " Tiens, tiens. "
Contes de ma soeur l'oie. A la manière d'Alcofribas et d'Arouet
Je redécouvre avec bonheur l'écriture enthousiaste, généreuse et gaie de Paul Fort. Il disait de lui : « Je suis un arbre à poèmes : un poémier »