...Je suis debout depuis 2 bonnes heures mais cela ne me dérange pas. Le sommeil repassera à un moment et soyez assurés que je ne le laisserai pas repartir sans lui avoir sauté dessus!
Ma journée d'hier fut réconfortante grâce à cette météo miraculeuse: ciel bleu et grand soleil mais elle ne suffit pas à calmer mes angoisses. La maladie cerne ma famille et j'aimerais tant être rassurée, certaine qu'ils échapperont à cette cochonnerie virale.
Les médias nous assènent régulièrement le nombre de morts, un funeste décompte destiné à informer mais plombant et pessimiste.
Mon entourage a choisi l'humour pour tenter de désamorcer le phénomène de déprime et cela réussit un temps. Cela cache un moment la sinistre réalité.
Des chaînes de soutien, de bisous, de ballons passent par mon ordinateur et mon téléphone mais pour cette fois, j'accepte, je laisse faire. Les autres ont sans doute besoin de se rassurer, de montrer qu'ils sont là, qu'ils pensent à nous et qu'ils espèrent la réciproque. Je renvoie donc et je fais suivre sans pester.
J'eus des nouvelles de toute ma tribu, des nouvelles enfin gaies grâce à Léna hier soir. Elle m'appelait en FaceTime pour m'expliquer sa journée: la géométrie, la conjugaison et sa leçon d'histoire sur Louis IX. Elle me confia qu'il n'était pas marrant, du moins pour elle! Tu m'étonnes! Sa vie n'est guère enthousiasmante pour une fillette de 9 ans. Elle m'expliqua ce qu'elle avait fait comme devoirs avec sa maman puis me confia qu'après avoir terminé, sa mère s'était brusquement mise à chanter du Céline Dion.
-" Je ne sais pas pourquoi, c'était bizarre! Elle a peut-être pété les plombs!"
C'est sa version! 😉
J'eus droit ensuite à une visite guidée de sa chambre et de ses jouets. Un moment à nous qui me réjouit.
Je me doute que rester confinées dans un 5ème étage sans balcon et sans ascenseur ne doit pas être drôle. L'appartement doit paraître de plus en plus petit et les murs sembler se rapprocher.
La résidence est immobile, silencieuse, comme figée. Seuls quelques mouvements cassent cette morosité: une petite fille silencieuse -venue d'on ne sait où- surgit plusieurs fois pendant la journée et effectua à de nombreuses reprises sur son vélo le tour des terre-pleins centraux. Elle disparut ensuite sans que je découvre d'où elle venait.
Rester confinée est quand même rassurant: à la fois pour la certitude de ne pas me trouver face à un contaminé et pour l'introspection que cela génère. Vivre librement sans se soucier du regard social est plutôt jouissif. Je reste en chemise de nuit sans redouter la venue d'un visiteur surprise, je gère douche, shampoing, hygiène, épilation sans me préoccuper des autres. C'est le seul côté positif mais c'en est un.
Je me découvre aussi administrer le stock de nourriture d'une autre manière, sans décontraction et très sérieusement. Je prévois, j'économise, je m'organise. Et oui, je vivais avant avec une forme de légèreté dans la gestion des courses et de la cuisine.
Ce confinement aurait-il donc des aspects positifs à opposer à mes tourments?
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