LA VIE PROFONDE
Être dans la nature ainsi qu'un arbre humain,
Étendre ses désirs comme un profond feuillage,
Et sentir, par la nuit paisible et par l'orage,
La sève universelle affluer dans ses mains !
Vivre, avoir les rayons du soleil sur la face,
Boire le sel ardent des embruns et des pleurs,
Et goûter chaudement la joie et la douleur
Qui font une buée humaine dans l'espace !
Sentir, dans son coeur vif, l'air, le feu et le sang
Tourbillonner ainsi que le vent sur la terre ;
- S'élever au réel et pencher au mystère,
Être le jour qui monte et l'ombre qui descend.
Comme du pourpre soir aux couleurs de cerise,
Laisser du coeur vermeil couler la flamme et l'eau,
Et comme l'aube claire appuyée au coteau
Avoir l'âme qui rêve, au bord du monde assise...
Anna de Noailles
Comment expliquer ce plaisir gourmand à lire certains mots, certains vers? Il me semble - à cet instant - que ces mots font corps avec moi, qu'ils touchent une fibre profonde. Je me les approprie, je les mange, les digère, les déguste.
" Avoir l'âme qui rêve, au bord du monde assise " ou " être le jour qui monte et l'ombre qui descend "...c'est juste...parfait!
J'adore. J'adore les arbres et j'adore le poème.
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