mardi 13 janvier 2009

Cadeau


Je suis fascinée par la merveilleuse écriture de Truman Capote! Ses descriptions sont à tomber de précision, les images affluent, on sent la chaleur torride sur la ville, on voit la jeune fille en proie au fou-rire...Un pur régal!


« Grady sentit un rire irrépressible monter en elle, une joyeuse agitation qui semblait envahir la blancheur du ciel d’été étendu devant elle comme une toile vierge sur laquelle elle pouvait dessiner les premiers élans imparables de la liberté. »

"Une chaleur écrasante pesait sur Lexington Avenue, d'autant plus irrespirable encore qu'ils venaient de quitter l'air conditionné du cinéma. À chaque pas, l'haleine fade de la canicule leur soufflait au visage. La nuit sans étoile s'était refermée comme le couvercle d'un cercueil et l'avenue, avec ses kiosques à journaux où s'affichaient des catastrophes, avec le bourdonnement de ses néons, évoquait le corps immobile d'une gisante. La pluie tachetée d'électricité multicolore, étincelait sur les pavés, tandis que les visages changeaient de teinte à la vitesse d'un caméléon : les lèvres de Grady passèrent du vert au pourpre. Meurtre! Dissimulés derrière les journaux comme derrière des masques, quelques personnes attroupées à l'arrêt de bus exhalaient une vapeur humide sans quitter des yeux le regard du jeune tueur que leur présentait la presse. Clyde acheta lui aussi un journal.Grady qui n'avait jamais passé un été à New York ignorait qu'il existât des nuits pareilles. La chaleur ouvre le crâne de la ville, exposant au jour une cervelle blanche et des nœuds de nerfs vibrant comme les fils des ampoules électriques. L'air se charge d'une odeur surnaturelle dont la puissance âcre imbibe les pavés, les recouvrant d'une sorte de toile d'araignée sous laquelle on imagine les battements d'un cœur. Grady n'avait qu'une connaissance limitée de ce genre de naufrage citadin, elle en avait perçu des signes avant-coureurs à Brodway mais ils appartenaient au décor extérieur, elle n'en faisait pas partie. À présent, elle en était prisonnière et il n'y avait pas d'issue de secours."

"Il dormait en effet sur la banquette arrière et bien que le toit fût ouvert, elle eu peine à l'apercevoir tant il était recroquevillé. La radio égrainait à voix basse les nouvelles du jour, un roman policier reposait ouvert sur les genoux du dormeur. Il y a une sorte de magie à observer l'être aimé sans qu'il en ait conscience, comme si sans le toucher on lui prenait la main et que l"on lise dans son cœur. Il s'offre aussi ingénument, à croire que, de manière irrationnelle, il concilie toutes les qualités qu'on lui attribue à l'aveuglette, la pureté du cœur, la tendresse de l'enfance. Grady se pencha vers lui et chassa la mèche de cheveux qui lui pendait devant les yeux. Le jeune homme qui reposait là devait avoir un peu plus de vingt ans, n'était ni particulièrement beau, ni doté d'un physique ingrat. À chaque pas on croisait à New York ce genre de garçon, mais comme Clyde vivait la plupart du temps en plein air, il avait le teint hâlé. De courtes boucles sombres lui couvraient la tête comme la fourrure d'un agneau. son nez, légèrement déformé, comme s'il avait été cassé, dotait son visage, vif et rustique, d'une sorte de culot populaire non dénué de malice qui accentuait sa virilité. Ses paupières frémirent et Grady, sentant qu'il allait lui échapper, guette son regard. "Clyde", murmura-t-elle."

La traversée de l'été - Truman Capote

Lu sur http://www.biblioblog.fr/index.php/post/2008/05/05/La-traversee-de-lete-Truman-Capote

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Voilà : c'est fait.
Et un gros MERCI !!!!

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 Un si long silence! Au début, j'étais préoccupée par de nombreux rendez-vous médicaux puis le non désir pointa son nez et je m'éloi...