lundi 16 février 2009

Cadeau

... Quand les images s'éteignent, on entend si facilement un monde de murmures ! Cette nuit a aussi des voix charnelles. Comment ne pas entendre dans les jardins voisins tous ces bruits d'ailes, l'amour des oiseaux de la nuit ? L'oreille peut-elle nier, comme l'oeil d'un coup de paupière cet univers homogène de l'amour murmuré qui réunit presque dans la même voix la plainte courroucée et houleuse des chats, à l'amour trop doux et trop rond des colombes ?
Mais un cri trop vif suffit pour détourner des rêves. Un effroi est sensible soudain. Dans ma mémoire, je ne sais pourquoi, revit un poème de Supervielle :
Cimetière aérien, céleste poussière...
Je le traduis, de toute mon âme, dans l'image auditive de ma nuit. Il est aérien et mouvant, ce noir cimetière.
Dans l'air noir, remplissant l'inhumain firmament.
Lorsque le vent vient du ciel
J'entends le piétinement
De la vie et de la mort qui troquent leurs prisonniers
Dans les carrefours errants.
Qu'importent alors les brises qui soufflent dans cet automne prolongé. Qu'importent les mille messages d'une nature en fête, le bel exemple des fruits lourds, des fleurs tardives. Pour moi, cette nuit-ci est vide et muette. J'ai perdu la patrie du bonheur. Je ne suis plus qu'une solitude à guérir...

Extrait de Fragment d'un journal de l'homme
Gaston BACHELARD (1884-1992)
In "Le droit de rêver" (P.U.F., 1970)

Lu sur http://www.ac-orleans-tours.fr/crdp/talcy/talcy_2004/textes.html

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