Piqué sur une feuille verte, le papillon vert à mi-clos ses quatre ailes d'abord offertes aux myosotis de l'enclos :
elles palpitent à vrai dire ces ailes couleur d'espérance, elles respirent l'air de France, à l'heure où le curé soupire,
doigt sur la Bible où son tabac voltige au nez de Rebecca, cependant que l'enclos respire, comme un sein de femme soupire,
et que Vénus, première étoile, bat de l'aile et qu'au ciel sans voiles, à ses yeux, de notre univers palpite de paillon vert.
Extrait de Ballades limousines
In Vive Patrie, tXIII (Flammarion, 1949)
MONTAGNE
Du coteau qu'illumine l'or tremblant des genêts, j'ai vu jusqu'au lointain le bercement du monde, j'ai vu ce peu de terre infiniment rythmée me donner le vertige des distances profondes.
L'azur moulait les monts. Leurs pentes alanguies s'animaient sous le vent du lent frisson des mers. J'ai vu mêlant leurs lignes, les valons rebondis trembler jusqu'au lointain de la fièvre de l'air.
Là, le bondissement au penchant du coteau des terres labourées où les sillons se tendent, courbes comme des arcs où pointent des moissons avant de s'élancer vers le ciel dans l'air tendre ,
Là se creuse un vallon sous des prés en damier, que blesse en un repli la flèche d'un clocher ; ici des roches rouges aux arêtes brillantes se gonflent d'argent par où croule une eau fumante.
Plus loin s'étage encore une contrée plus belle, où luisent des pommiers près de leur ombre ronde . Là, dans un creux huileux de calme, le soleil, où vit une prairie fait battre une émeraude.
... Je me tenais debout entre les genêts d'or, dans le soir où Dieu jette un grand cri de lumière,... et je levais tremblant la palme de mon corps vers cette grande voix qui rythme l'univers.
Paul FORT (1872-1960)
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire
Pour vous aider à publier votre commentaire, voici la marche à suivre :
1) Ecrivez votre texte dans le formulaire de saisie ci-dessous
2) En dessous de Choisir une identité, cocher Nom/URL
3) Saisir votre nom (ou pseudo) après l'intitulé Nom
4) Cliquer sur Publier commentaire
Voilà : c'est fait.
Et un gros MERCI !!!!