vendredi 19 juin 2009

Cadeau



COLETTE

1873 - 1954


Un pays que j'ai quitté


J'appartiens à un pays que j'ai quitté. Tu ne peux empêcher

Qu'à cette heure, si épanouie au soleil, toute une chevelure

embaumée des forêts; rien ne peut empêcher, qu'à cette heure,

l'herbe profonde y noie le pied des arbres d'un vert délicieux

et apaisant, dont mon âme a soif.


Viens, toi qui l'ignores, viens que je te dise tout bas le

parfum des bois de mon pays, égale la fraise et la rose.

Tu jugerais que l'automne pénètre et meurtrit le feuillage

tombé, qu'une pomme trop mûre vient de choir, et tu le

cherches, et tu le flaires, ici, là-bas, tout près.


Et si tu passais en juin, entre les prairies fauchées, à l'heure

où la lune ruisselle sur les meules rondes, tu sentirais à leur

parfum s'ouvrir ton coeur, tu fermerais les yeux et tu laisserais

tomber la tête lourde d'un muet soupir.


Et si tu arrivais un jour d'été dans mon pays au fond d'un

jardin que je connais, un jardin noir de verdure et sans fleur,

si tu regardais bleuir au lointain la montagne ronde où les

cailloux, les papillons et les chardons se teignent du même azur

mauve et poussiereux, tu m'oublierais et tu t'assoierais pour

n'en plus bouger au terme de la vie.

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Et un gros MERCI !!!!

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