mercredi 10 février 2010

Karine Fougeray

Rencontrer des mots, une personne et être émue: Karine Fougeray

« Les premiers jours en Irlande, je n'ai fait que me nourrir des prairies aspirées par la mer. Je n'ai fait qu'enjamber les murets des champs liliputiens où fleurissent des pierres. Je n'ai fait qu'écouter la plainte des violons et des accordéons constellés d'éclats de bière brune. Je n'ai fait qu'observer les visages, les trognes tordues et ouvertes sur des dents décalées et jaunies. L'Irlande avait en elle une tristesse qui me bouleversait, une chaleur qui me consumait, une nature qui m'anéantissait. Je l'ai trouvée fière et humble. Triste et bravache. Claironnante de ses herbes grasses, déversant ses seaux d'eau sur la tête de ceux qui la vénéraient autant que sur les épaules de ceux qui manquaient d'amour pour elle. Je l'ai trouvée honnête. L'Irlande respirait fort de ses poumons gavés de gens aux vies pleines de trous. Et tous ces hommes, toutes ces femmes, tous ces vieux et tous ces jeunes qui comblaient leurs trous de chansons, de pleurs, de rires et d'alcools, qui riaient en chantant, qui chantaient en pleurant, qui buvaient en riant et vomissaient en pleurant. »

« La porte s’est ouverte sur une dame toute fanée dont le haut du corps était protégé par un corsage crème, dont les jambes trottaient sous une jupe violette à pois ciel. Le tableau faisait penser à une théière anglaise prenant vie dans un film de James Ivory. »

Echappée belle de Ker Violette, roman de Karine Fougeray (éd. delphine montalant)

« Nous avons chargé la barque et j’ai pensé que ma mère était comme l’eau des pays de mon père. Puisqu’elle était la seule adulte du pays où nous vivions à inventer des aventures sensationnelles, elle était forcément une très grande magicienne. Une fée qui tournait dans le sens de l’eau des pays où naviguait mon père. A l’envers. »

« Moi j’étais folle de ma mère qui trottait, le tête haute avec sa jument, j’étais folle de ma radieuse de mère qui avait sauvé son cheval et le soir, quand nous prenions notre bain ensemble, j’enlevais une à une les éclisses de paille nichées dans ses cheveux et je les empilais sur la mousse de l’eau du bain. Je fabriquais des litières légères qui traversaient l’océan de la baignoire, poussées par des vagues imaginaires. Avec mes mains, j’inventais des radeaux pour emporter au loin, entre les courbes parfaites du corps de ma mère, tous les chevaux du monde. »

http://blogs.arte-tv.com/karinefougeray/
http://www.mondedulivre.com/modules/smartmedia/clip.php?categoryid=1&folderid=156&clipid=263

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Voilà : c'est fait.
Et un gros MERCI !!!!

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