« J’ai trois épouvantails dans mon jardin, dont l’un à bicyclette. Je le soupçonne de pédaler jusqu’au village durant la nuit. Il a toujours des brins de paille en sueur et le chapeau de travers. En fait, ils aiment les oiseaux et ouvrent même la porte aux ratons laveurs. Sur le rang, mon jardin est le plus pauvre en légumes mais le plus riche en mots.
Plus loin, j’ai un étang plein de grenouilles, de nénuphars, de carpes japonaises et de cheveux de fée. Quelques canards et un héron s’y posent quelques fois. Il sert aussi de patinoire aux libellules du coin. Au premier flot du matin, la rosée me réveille et me sert le café sur le comptoir des yeux.
Plus loin, j’ai un étang plein de grenouilles, de nénuphars, de carpes japonaises et de cheveux de fée. Quelques canards et un héron s’y posent quelques fois. Il sert aussi de patinoire aux libellules du coin. Au premier flot du matin, la rosée me réveille et me sert le café sur le comptoir des yeux.
Le murmure des gnomes sous la galerie me sert de radio quand je me sens trop seul.
Entre le vent et le flanc des montagnes, il n’y a pas de murs mais des passages, des accalmies, des souffles. Les regards portent trop loin pour s’encombrer de choses. Il n’y a que mon loup qui collectionne les objets, les vieilles bottes à vache, les balles trop mordues, les os trop secs, les peines de croc, les cœurs cassés, la babiche des raquettes qu’il finit par manger. Elle lui sert probablement de brosse à dents. Sur tant d’espace nettoyé, je me repose dans mon songe. On y lave ses yeux, on danse sur des rivières infranchissables. J’habite la lumière où mes mots font un bruit de chevaux emballés.
De l’herbe pousse dans mes oreilles, de la luzerne dans mon nez. J’ai sur la tête un chapeau d’absolu percé par la misère, le bonheur et le temps.
Je compte les secondes en fragments d’infini. J’ai des lucioles dans les yeux, l’odeur des chevreuils sur le cuir des mots, de l’eau d’érable dans les veines. Je goûte la framboise au milieu du mois d’août, les cerises noires amères que picossent les pies, le cœur de pomme et le cormier quand arrive l’automne. Je suis une roche qui a pris la parole, un arbre qui se tait dans le chant des oiseaux, une rivière qui déborde sous la crue des saisons, une épine, une ronce en quête de tendresse. »
"Il y a un livre dans chaque arbre. Quand je traverse la forêt, j'apprends l'alphabet. Je m'enfuyais de l'école pour grimper aux arbres. J'ai appris des oiseaux beaucoup plus que des hommes. Il m'arrive de voler dans ma tête et de laisser des plumes sur un bout de papier. Mon lit ressemble à un nid géant. Ma table de travail est encombrée de paille, de brindilles et de petits cailloux. Sur ma table à manger un pain de terre fleurit. J'ai de la sève d'érable sous l'écorce du coeur."
"On croit tenir le monde sur un écran, on oublie que les chiens savent gratter les puces. Je ne suis pas de ceux qu'attendrissent les ruines mais je pleure parfois pour un mot qui m'échappe, pour un bouton qui pète, pour une corde à danser où manquent les enfants. Il faut sortir les mots du dictionnaire. Je les étale sur la table entre l'assiette au beurre et la tasse à boire. Ils sortiront d'eux-même prendre la rue d'assaut, le vieillard par la main, l'amitié par l'épaule. Ils reviendront chargés de maux ou de bonheur, d'épines ou de douceur, de paroles interdites, de poèmes sans voix, de prières sans dieu. J'ouvre une parenthèse comme on pèle une orange. Écrire c'est un peu s'envoler comme la fleur en son parfum. Les mots respirent à l'intérieur des phrases mais ils doivent prendre l'air pour apporter la vie."
Parce que
Jean-Marc La Frenière
Editions Chemins de Plume
ISBN-13 : 978-2-84954-054-1
EAN : 9782849540541
12 €
Entre le vent et le flanc des montagnes, il n’y a pas de murs mais des passages, des accalmies, des souffles. Les regards portent trop loin pour s’encombrer de choses. Il n’y a que mon loup qui collectionne les objets, les vieilles bottes à vache, les balles trop mordues, les os trop secs, les peines de croc, les cœurs cassés, la babiche des raquettes qu’il finit par manger. Elle lui sert probablement de brosse à dents. Sur tant d’espace nettoyé, je me repose dans mon songe. On y lave ses yeux, on danse sur des rivières infranchissables. J’habite la lumière où mes mots font un bruit de chevaux emballés.
De l’herbe pousse dans mes oreilles, de la luzerne dans mon nez. J’ai sur la tête un chapeau d’absolu percé par la misère, le bonheur et le temps.
Je compte les secondes en fragments d’infini. J’ai des lucioles dans les yeux, l’odeur des chevreuils sur le cuir des mots, de l’eau d’érable dans les veines. Je goûte la framboise au milieu du mois d’août, les cerises noires amères que picossent les pies, le cœur de pomme et le cormier quand arrive l’automne. Je suis une roche qui a pris la parole, un arbre qui se tait dans le chant des oiseaux, une rivière qui déborde sous la crue des saisons, une épine, une ronce en quête de tendresse. »
"Il y a un livre dans chaque arbre. Quand je traverse la forêt, j'apprends l'alphabet. Je m'enfuyais de l'école pour grimper aux arbres. J'ai appris des oiseaux beaucoup plus que des hommes. Il m'arrive de voler dans ma tête et de laisser des plumes sur un bout de papier. Mon lit ressemble à un nid géant. Ma table de travail est encombrée de paille, de brindilles et de petits cailloux. Sur ma table à manger un pain de terre fleurit. J'ai de la sève d'érable sous l'écorce du coeur."
"On croit tenir le monde sur un écran, on oublie que les chiens savent gratter les puces. Je ne suis pas de ceux qu'attendrissent les ruines mais je pleure parfois pour un mot qui m'échappe, pour un bouton qui pète, pour une corde à danser où manquent les enfants. Il faut sortir les mots du dictionnaire. Je les étale sur la table entre l'assiette au beurre et la tasse à boire. Ils sortiront d'eux-même prendre la rue d'assaut, le vieillard par la main, l'amitié par l'épaule. Ils reviendront chargés de maux ou de bonheur, d'épines ou de douceur, de paroles interdites, de poèmes sans voix, de prières sans dieu. J'ouvre une parenthèse comme on pèle une orange. Écrire c'est un peu s'envoler comme la fleur en son parfum. Les mots respirent à l'intérieur des phrases mais ils doivent prendre l'air pour apporter la vie."
Jean-Marc La Frenière
Editions Chemins de Plume
ISBN-13 : 978-2-84954-054-1
EAN : 9782849540541
12 €
Presqu'à tous les jours, je regarde qui sera la 50ème personne abonnée de ton blog... Je ne sais pas pourquoi mais je pense que tu seras contente lorsque ça arrivera, c'est bizarre non ?
RépondreSupprimerBonne journée !
Nicole
Non, tu as raison comme d'habitude mais le chiffre rond de 50 fait peur. Chaque fois qu'on arrive à 49, j'ai le coeur battant et zou, brusquement quelqu'un se désabonne! On retombe à 48!:-))
RépondreSupprimerUn moyen de me faire comprendre de n'y accorder aucune importance?