mardi 28 octobre 2014

Humeur de ma nuit


..voyage au bout de la nuit, écrivit Louis Ferdinand Céline...Me voilà toute pimpante à une heure impossible - impossible dans mon univers biologique! Je suis une couche-tôt et une lève-tôt! Je vis au rythme de la nature et ces réveils décalés étonnent toujours autant mon corps et ma tête :-)
Hier fut un instant à part, un trou noir dans lequel je me suis plongée, perdue. Puis-je dire que ce fut du temps perdu puisque je n'ai rien fait de concret? Sans doute mais j'ai rêvé, songé, imaginé. Un répit dans le tourbillon, un coeur de cyclone bien calme.
Aujourd'hui sera donc remuant après cette détente immobile.
Le monde est sombre et violent, d'une violence qui me laisse songeuse et terrifiée. L'impression que les normes éclatent, que les barrières s'effacent entre ce qui permet de bien vivre ensemble et la violence débridée et sans limites. 
J'ai vraiment besoin de belles et bonnes choses, personnes, pensées, rencontres pour compenser ce flot nauséabond!
Comment trouver le bonheur ?
Le premier secret est de mettre par instant le monde entre parenthèses. [...]
L'autre secret - ou le même ? - est d'être simple. De saisir les joies les plus naturelles. Le repos sur l'herbe à mi-course, le dos épousant la forme d'un talus, l'oreille attentive au bruit d'un ruisseau, les yeux fixés sur les merveilleux nuages. [...] Les jeux et les sports qui établissent de justes rapports entre le corps et l'esprit, qui, dans la piscine ou sur le stade, font retrouver à l'homme l'enfance des hommes et le transmuent pour une minute ou pour une heure en un bel animal innocent.
L'art enfin, source merveilleuse d'émotion et de communication, apporte à l'intelligible le complément sensible sans lequel la part la plus profonde de l'être ne peut s'accomplir. [...] L'art combat la médiocrité par l'exaltation. Les plus beaux vers de la langue française réunis dans une anthologie. Les musées et les monuments offerts à notre admiration. [...] La musique devenue accessible à chaque instant grâce au disque, à la radio, à la cassette, si accessible et peut-être si profanée qu'il m'arrive de regretter le temps lointain où je créais le silence intérieur en marchant dans les rues nocturnes vers la salle de concert où il me semblait déjà entendre les instruments s'accorder.
Je n'omets pas l'amitié qui mériterait à elle seule tout un livre. La chaîne qui se noue entre adultes et jeunes hommes dans le soutien mutuel de l'expérience et de l'ardeur, celle qui se tisse chaque jour entre compagnons d'étude et de travail, unis par les difficultés partagées et les désaccords surmontés. Enfin ces profonds échanges où chacun se sent obligé de l'autre, celui qui donne à l'égal de celui qui reçoit.
Tout cela m'apparaît très simple. Mais je veux terminer par plus simple encore, en empruntant à La Bruyère cette maxime qui résume la plus belle part de ma vie et, je le crois, de toute vie : "Être avec des gens qu'on aime, cela suffit : rêver, leur parler, ne leur parler point, penser à eux, penser à des choses plus indifférentes, mais auprès d'eux, tout est égal."

Pierre Massé, La crise du développement, 1973
Baccalauréat français, séries générales, 1984

1 commentaire:

  1. je souscris complètement à tes écrits et ceux de P.Massé. Ce matin , pour échapper à la ronde infernale des mauvaises nouvelles et des commentaires sournois ,ironiques destructeurs qui ne nous apportent rien d'autre qu'un gout amer dans la bouche, ce matin donc j'ai renoué avec mes amours d'antan, clos le bec à cette radio funeste et écouté un cd...bonheur des premières notes douces du piano qui envahirent ma cuisine...j'avais 20 ans!

    RépondreSupprimer

Pour vous aider à publier votre commentaire, voici la marche à suivre :

1) Ecrivez votre texte dans le formulaire de saisie ci-dessous
2) En dessous de Choisir une identité, cocher Nom/URL
3) Saisir votre nom (ou pseudo) après l'intitulé Nom
4) Cliquer sur Publier commentaire

Voilà : c'est fait.
Et un gros MERCI !!!!

Humeur du jour

 Un si long silence! Au début, j'étais préoccupée par de nombreux rendez-vous médicaux puis le non désir pointa son nez et je m'éloi...