mardi 2 décembre 2014

Ange Leccia




"Figure marquante de l’art français, Ange Leccia, né en 1952 en Corse, s’est fait connaître durant les années 1980 par ses Arrangements, mises en scène d'objets disposés le plus souvent en face à face. Depuis les années 1990, il développe une œuvre spécifique et cohérente, en créant des dispositifs dont la dimension plastique et poétique tisse des liens singuliers entre la vidéo et la peinture. 

La Mer est une vidéo réalisée en 1991 en Corse. Il s’agit d’une projection à la verticale du mouvement incessant de vagues déferlant sur la plage de Nonza. Lors de la prise de vue, l’artiste a basculé sa caméra afin de saisir une image vue de dessus. Le ressac ininterrompu s’appréhende comme une pulsation, une respiration. Les assauts verticaux et continus des vagues déterminent inspiration, expiration. Jouant sur les motifs sinueux, lumineux et graphiques du mouvement de l’eau, de l’écume et du sable et les valeurs d’une image noir et blanc, la caméra transforme les vagues en montagnes, la profondeur en planéité, le figuratif en abstraction. "

http://www.corse.fr/Le-FRAC-propose-reparti-sur-le-territoire-un-programme-de-presentations-d-oeuvres-et-de-rencontres-avec-des-artistes-a_a1589.html


"Dans La Mer, Ange Leccia filme d’un point de vue frontal inhabituel le va-et-vient des vagues sur le rivage corse, où, dans un mouvement régulier, l’écume blanche vient s’échouer sur le sable noir."

Mer

« C’est un motif naturel, simple, épuré : la mer Méditerranée. Mais il ne s’agit pas pour autant d’un paysage. À la faveur du basculement de la caméra à 90 degrés lors de l’enregistrement, le rivage ne s’observe plus dans sa relation privilégiée avec la ligne d’horizon. Il s’élève de manière inlassable, insistant sur la verticalité de la prise de vue. Ce renversement met en valeur la planéité de l’image. Manière de libérer le spectateur du point de vue centré qui caractérisait la perspective albertienne. Il est ici face à une représentation quasi abstraite, un mouvement plastique, une matière. Il n’est plus assigné à une position unique : si le spectateur perd ses repères, c’est pour mieux réduire la distance et se réapproprier l’espace vidéo. La mer est déterritorialisée. Elle pourrait avoir été filmée sous d’autres latitudes que celles de la Corse. Peu importe. Car elle s’ouvre avant tout à un imaginaire. En dehors de tout ancrage géographique, de toute pesanteur.

L’écume dessine des formes qui se transforment sous l’emprise du ressac. Le balancement régulier de la mer agit comme un palimpseste. Les figures écrites par la mousse blanche apparaissent et s’effacent, presque dans le même instant. Elles ne sont que la mesure du temps. Sans début, ni fin, la boucle vidéo intervient sur un rythme hypnotique, celui où la répétition et le changement se fondent en un seul élément. Mer devient une machine d’enregistrement, un sismographe organique, qui rend compte des variations infimes de la nature. Elle cherche à épuiser l’image qui se régénère dans son roulis incessant. De fait, Mer est de l’ordre de l’onde : un va-et-vient, une oscillation. Elle entretient une véritable complicité avec l’énergie qui parcourt le monde. Allégorie de la vie, le flux marin renvoie aux battements lumineux visibles dans de nombreuses oeuvres d’Ange Leccia. Ce flux silencieux met au diapason le cours de l’existence et la pulsation de la nature. Il est un pouls qui ne s’entend pas mais s’observe.

Pour autant, le son n’est pas complètement absent. Il est plutôt en réserve. Et s’inscrit à même la rétine du spectateur sur un mode virtuel. Mer appelle en effet l’ensemble des sens, et non uniquement l’oeil. Car la contempler serait la réduire à un motif décoratif. Il faut au contraire la toucher avec la pupille dans une perspective haptique. Cette dimension est propre aux substances pourvues d’une aura, « apparition d’un lointain – si proche soit-il », pour citer la phrase canonique du philosophe Walter Benjamin. Ce n’est donc qu’à cette condition que Mer s’anime pleinement. Pour se métamorphoser aux yeux du spectateur en une enveloppe, un magnifique tégument.»
Fabien Danesi

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Voilà : c'est fait.
Et un gros MERCI !!!!

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